Thierry Ardisson, dans votre liste de provocateurs, Bowie, Gainsbourg et Dali côtoient un certain Laurent Baffie... Laurent Baffie : Pourquoi, tu trouves cela injustifié, connard ?
Thierry Ardisson : Il est le modèle de la provocation d'aujourd'hui. De toute façon, l'ambition de ce dico est de faire se rencontrer Jésus et Joey Starr. Des Terriens qui ont changé notre vision du monde.
Laurent est votre provocateur attitré, non ? T.A. : Bien sûr ! Il m'a décoincé à la télé et m'a appris que l'on pouvait poser une question à un politique comme à un pote. Souvenez-vous de sa sortie avec Raymond Barre : « Est-ce que tu as plus de succès avec les filles depuis que tu fais de la politique ? ». Laurent, c'est le Gavroche de la télé.
Les provocateurs sont-ils une espèce menacée dont nous avons là un des derniers spécimens ? T.A. : Avec Ahmadinejad, sur le plan politique, on a ce qu'il faut. Mais, à la télé, oui. La preuve, Laurent n'y est plus.
L.B. : Même si les temps sont durs, je pense que le cheptel se renouvelle. Mais, comme ce sont les annonceurs qui dirigent les médias, il y a moins de place pour la liberté d'expression.
T.A. : Que ce soit sur France 2 ou Canal+, je n'ai jamais eu de censure politique. En revanche, j'ai souvent eu à subir des groupes de pression.
Laurent, les grandes chaînes vous ferment-elles leur porte ? L.B. : Je ne suis pas dans leurs petits papiers. Cela dit, notre tandem avec Thierry a bien fonctionné, car nous étions amis, complices et complémentaires. Même si nos routes ont divergé, je suis sûr que l'on se retrouvera comme deux vieux clowns avant de casser notre pipe.
T.A. : Une telle rencontre en télé, c'est rare...
Laurent, vous êtes privé de télé, mais on ne peut pas dire que vous faites des efforts. Quand Patrick de Carolis était encore patron de France télévisions, est-il vrai que vous appeliez son secrétariat pour demander : « Passez-moi le grand con » ? L.B. : Le vrai problème n'était pas tant que je dise ça, mais que l'on me réponde : « Il n'est pas là » !
Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ? T.A. : En 1990, Laurent m'appelle pour m'inviter à participer à son émission de radio. Je lui dis que je n'ai pas le temps.
L.B. : Et je réponds : « Je n'ai pas le temps, connard ! »
T.A. : Cela m'a fait hurler de rire. Je fais donc son émission. Et là, ma femme...
L.B. : ...de l'époque !
T.A. : ...appelle en sortant de son échographie pour m'annoncer en direct qu'elle attendait des jumeaux ! Il avait organisé tout ça.
Laurent, un souvenir de votre première vanne ? L.B. : C'était face à Jean d'Ormesson, qui était moins rock'n roll à l'époque. Avec ses phrases de dix minutes, je craquais un peu. Alors, j'ai sorti : « "Jean dort", c'est votre prénom ? ». Moi, je ne voulais pas faire de l'antenne. Je voulais me faire virer. Du coup, je me suis amusé de cette liberté que Thierry m'offrait.
Thierry allumant un faux joint lors du Grand Journal pour promouvoir la sortie de son dico, un commentaire ? L.B. : On a tous un DVD, un livre, un spectacle ou une émission à vendre. On connaît le fonctionnement des médias aujourd'hui. Il faut leur donner du buzz. Je fais pareil quand je donne le nom du gagnant de
Pékin Express qui est...
[ la rédaction de TV Magazine
n'a pas souhaité faire paraître le nom du gagnant du jeu de M6
pour ne pas frustrer les téléspectateurs ] [ NDLR : la rédaction de Baffie.over-blog.org
vous rappelle que Laurent Baffie désignait Taïg Khris comme vainqueur de Pékin Express
, cf. émission du 14.11.2010 ].
T.A. : Je ne me voyais pas expliquer pendant une demi-heure ce qu'est un provocateur. J'ai eu cette idée juste avant d'entrer sur le plateau de Michel Denisot. Comme je n'avais pas de haschisch, j'ai roulé une cigarette normale. C'était un hommage à Gainsbourg et à son billet brûlé en direct.
Thierry, avez-vous déjà eu honte d'une vanne de Laurent ? T.A. : Laurent faisait des vannes non-stop. Il y en avait des meilleures que d'autres. Je coupais celles qui étaient trop en dessous de la ceinture.
L.B. : Est-ce que j'ai eu honte de certaines de tes questions, ça on s'en moque hein ! Pourtant, un jour, Thierry m'a fait honte, quand il a viré Marie Gillain comme une merde dans
Tout le monde en parle.
T.A. : Je commence l'interview en lui parlant d'une histoire d'amour de notoriété publique. Elle me dit qu'elle n'est pas venue pour parler de ça, mais pour faire la promo d'un film. Je dis : « OK, mais, en attendant, parle-moi un peu de toi ». Elle refuse. Je lui lâche : « Puisque c'est comme ça, tu te casses ». Elle n'y a pas cru. J'ai répété : « Oui, tu t'en vas ». Le lendemain, je lui ai envoyé des fleurs, j'avais honte de moi...
L.B. : D'ailleurs, Thierry, où tu en es avec ton divorce ?
Vous avez des ennemis dans ce métier ? T.A. : Je n'ai plus d'ennemis. Patrick de Carolis n'aimait pas l'émission, mais depuis nous nous sommes réconciliés. En revanche, je dis sans arrêt du mal de Marc-Olivier Fogiel. Malheureusement, il ne répond plus...
L.B. : Je l'ai vu dans les couloirs d'
Europe 1. Il n'ose pas te le dire, mais il t'adore !